Un diagnostic PEMD bien fait identifie ce qui peut être réemployé, recyclé ou valorisé sur un chantier. Mais une question demeure : où vont concrètement ces matériaux une fois déposés ? En Bourgogne-Franche-Comté, leur devenir s’organise à plusieurs niveaux — un plan régional fixe des objectifs, la nouvelle filière à responsabilité élargie du producteur structure la reprise, et des circuits distincts traitent chaque type de déchet. Tour d’horizon des filières de valorisation à l’échelle de la région.
Les déchets du bâtiment, en quelques chiffres
Pour comprendre les filières, il faut d’abord connaître la matière. À l’échelle nationale, les déchets du bâtiment se répartissent en trois grandes familles :
- environ 75 % de déchets inertes — bétons, briques, tuiles, gravats —, de loin la part la plus importante ;
- environ 23 % de déchets non dangereux non inertes — bois, plâtre, métaux, plastiques, isolants ;
- environ 2 % de déchets dangereux, au premier rang desquels l’amiante.
Cette répartition explique la logique des filières : massifier le recyclage des inertes, structurer la valorisation des matériaux non dangereux, et confiner strictement les déchets dangereux. La Bourgogne-Franche-Comté, région à la fois urbaine et fortement rurale, n’échappe pas à cette structure.
Le cadre régional : le PRPGD de Bourgogne-Franche-Comté
Chaque région définit sa stratégie déchets dans un plan régional de prévention et de gestion des déchets (PRPGD). Celui de Bourgogne-Franche-Comté a été voté en novembre 2019, au terme de plusieurs années de concertation, puis intégré au schéma régional d’aménagement SRADDET « Ici 2050 », approuvé en septembre 2020.
Ce plan fixe des objectifs concrets pour les déchets du bâtiment et des travaux publics : viser 75 % de valorisation des déchets du BTP et 76 % de valorisation des déchets inertes issus des chantiers à l’horizon 2025. Ces cibles donnent le cap régional : détourner massivement les matériaux de la mise en décharge au profit du recyclage et du réemploi.
La REP PMCB : la reprise sans frais des déchets triés
Depuis 2023, un dispositif national change la donne sur tout le territoire, Bourgogne-Franche-Comté comprise : la filière à responsabilité élargie du producteur des produits et matériaux de construction du bâtiment (REP PMCB), instaurée par la loi anti-gaspillage de 2020.
Son principe : les fabricants de matériaux financent la gestion des déchets de construction, via quatre éco-organismes agréés fin 2022, répartis entre deux catégories — les produits à base de minéraux d’une part, les autres matériaux (bois, métal, verre, plastique, plâtre) d’autre part. En contrepartie, les déchets du bâtiment triés par catégorie bénéficient d’une reprise sans frais dans les points de reprise du réseau. Le tri sur chantier devient ainsi la clé d’accès à une évacuation gratuite — un levier puissant pour orienter les pratiques.
Les grandes filières, flux par flux
Concrètement, les matériaux d’un chantier régional empruntent des circuits distincts selon leur nature :
- les inertes (bétons, gravats) sont concassés pour produire des granulats recyclés, réutilisés en remblais ou en sous-couches routières ; ce qui ne peut être recyclé rejoint une installation de stockage de déchets inertes (ISDI) ;
- le bois est orienté vers le recyclage (panneaux) ou la valorisation énergétique ; les métaux partent en filière de recyclage, où ils ont une vraie valeur ; le plâtre dispose de filières de recyclage dédiées ;
- les déchets dangereux, dont l’amiante, suivent une filière strictement encadrée vers des installations de stockage de déchets dangereux (ISDD) ;
- les éléments réemployables (menuiseries, sanitaires, équipements) rejoignent des plateformes de réemploi et des recycleries de matériaux, qui se développent dans la région.
En Bourgogne-Franche-Comté, concrètement
Sur le terrain, ces filières s’appuient sur un maillage en cours de densification. Les déchetteries professionnelles accueillent les déchets des entreprises du bâtiment, et l’ADEME en Bourgogne-Franche-Comté accompagne les collectivités et les professionnels dans la structuration de ces circuits. Les points de reprise de la filière REP, chez les distributeurs de matériaux, complètent ce réseau.
Pour un maître d’ouvrage du Nord Franche-Comté — du Doubs au Territoire de Belfort jusqu’au Haut-Rhin voisin —, l’enjeu est de connaître les exutoires proches de son chantier afin de limiter les transports et les coûts. Un bâti ancien, fréquent dans la région, suppose en outre une vigilance particulière sur l’amiante, dont la présence impose une filière dédiée.
Du diagnostic à la filière : le rôle du PEMD
C’est là que la boucle se referme. Le diagnostic PEMD est ce qui permet d’orienter chaque matériau vers la bonne filière : il identifie en amont ce qui est réemployable, recyclable ou dangereux, et indique les précautions de dépose. Sans lui, le tri se fait à l’aveugle, et la valorisation régionale reste un objectif théorique.
Bien mené, il transforme les cibles du plan régional en gestes de chantier : tel lot vers le réemploi, tels gravats vers le concassage, tels déchets dangereux vers leur filière. La prestation de diagnostic PEMD et, sur les bâtiments anciens, le repérage amiante avant démolition constituent les deux clés de cette orientation — réunies dans notre pack PEMD + amiante avant démolition. Pour savoir quels chantiers sont concernés, voir aussi les seuils du diagnostic PEMD.